SCHLEGEL (A. W. von)


SCHLEGEL (A. W. von)
SCHLEGEL (A. W. von)

Né à Hanovre, August Wilhelm von Schlegel, frère aîné de Friedrich, étudie à partir de 1786 la théologie, puis la philosophie classique chez Christian Gottlob Heyne à l’université de Göttingen où l’influence de Bürger le marque profondément. Une collaboration suivie aux grandes revues de l’époque lui assure très vite une certaine notoriété. En 1798, il fonde, avec Friedrich, le célèbre Athenäum qui sera l’organe du premier romantisme. Sans être l’esprit subalterne qu’on a souvent voulu en faire, August Wilhelm n’apparaît pas comme un génie créateur, son œuvre poétique manque d’originalité, une tragédie Ion , montée le 21 janvier 1802 à Weimar, déçoit. Il vaut surtout en tant qu’opérateur de culture; grand traducteur de Shakespeare et de Calderón, auteur en français d’Essais littéraires et historiques , Schlegel travaille à l’organisation du savoir romantique. À la fois tacticien et pédagogue, il sera capable de critiquer, mais en nuance, les prédécesseurs (Schiller), de maintenir les solidarités internes au mouvement (Tieck), enfin de cultiver à l’extérieur les appuis nécessaires (Goethe).

Herméneutique

Dans son Cours sur la littérature et les beaux-arts (Vorlesungen über schöne Literatur und Kunst ), dispensé à Berlin de 1801 à 1804, August Wilhelm note qu’«on se fait souvent une idée fausse de la critique, comme si elle résidait dans la perspicacité à dévoiler les erreurs de l’œuvre d’art», au contraire elle exige une réflexion sur la capacité même de l’esprit à recevoir les impulsions qui lui viennent du bel objet, il faut que le critique se dépouille, malgré un reste irréductible d’intuition, des affects individuels qui pourraient fausser son approche de l’œuvre et qu’il vise, toujours imparfaitement, à l’objectivité. Pour autant, il ne s’agit pas de faire subir à l’œuvre le poids d’un verdict normatif. Contre la «critique atomistique», Schlegel affirme après Herder une vision totale de l’œuvre qui dépasse nécessairement la somme des éléments qui la composent. Une vraie «caractéristique» implique chez le critique cette pénétration de l’idée générale qui permet à l’épopée ou au tableau de vivre organiquement . Schlegel explique par ailleurs que l’idée «ne vaut que dans l’ensemble de l’esprit de l’époque». Interpréter un poème, c’est dès lors l’analyser en fonction du contexte national. Néanmoins «l’esprit d’une œuvre n’est jamais l’objet lui-même», le critique qui reproduit cet objet s’apparente inégalement au génie créateur: «à vrai dire l’esprit humain ne peut que traduire» et cette fonction serait pour Schlegel historiquement dévolue aux Allemands.

Génétique

Toute sa vie, Schlegel se passionnera pour l’archéologie du savoir. Dans ses Considérations sur la civilisation en général et sur l’origine et la décadence des religions (1805), il s’interroge sur l’accès de l’humanité à la culture. Il y a dans ses travaux le projet d’une «histoire naturelle» décrivant les stades de l’évolution créatrice où le poétique s’incarne successivement à un degré chaque fois plus élevé. Le travail des langues par le climat et les institutions ne cesse de le préoccuper, cette géolinguistique culminera en 1814 – date à laquelle il se consacre aux études romanes et à l’indologie; de 1820 à 1830 il édite la Bibliothèque indienne . Et surtout, quand bien même la théorie de l’art insiste sur «ce qui doit être réalisé» selon les principes absolus du Beau, Schlegel critique sévèrement l’anecdotisme confus en histoire de l’art ; lui repère des phases autonomes et différenciées où la progression de l’humanité s’avère. C’est le classicisme grec où prédominent l’harmonie naturelle et l’équilibre des forces. À l’opposé, «c’est par roman, romance, qu’on appelait les nouveaux dialectes nés d’un mélange du latin avec les langues des conquérants», le romantisme naît précisément au Moyen Âge d’une conjonction de la germanité héroïque et du christianisme romain, mixité qui fonde en lui une tension à l’infini. Pour Schlegel cependant, cette dichotomie n’empêche pas qu’on trouve à la fin du cycle grec des éléments de romantisme et que l’imitation moderne du classicisme, certes vigoureusement combattue par lui dans la Comparaison entre la «Phèdre» de Racine et celle d’Euripide (1807), soit, par exemple chez Goethe, susceptible d’accomplissement.

Poétique

Sa vie durant, August Wilhelm n’hésite pas à s’engager, ce qui lui vaudra en 1812 de devoir fuir Paris et le pouvoir de Napoléon qu’il attaquera de Stockholm au service de Bernadotte avec Du système continental (1813). C’est surtout le caractère transitionnel de l’époque qui donne dans le Cours matière à sa «Vue générale de l’état actuel de la littérature allemande» (Allgemeine Übersicht des gegenwärtigen Zustandes der deutschen Literatur ). Contre la Réforme, il affirme le lien étroit de la poésie à la religion – même s’il s’oppose dans sa Correction de quelques interprétations erronées (Berichtigung einiger Missdeutungen , 1828) à Friedrich qui a opté pour la conversion au catholicisme. Contre l’Aufklärung, il récuse «l’épidémie de fadeur prosaïque et de relâchement éthique» et souhaite la réhabilitation du Moyen Âge. Contre les auteurs à la mode, il explique que «les classes supérieures et cultivées n’ont pas de littérature, mais le peuple, l’homme du commun en a une»; toutefois cette popularité de l’art ne signifie pas, Schlegel le montrait déjà dans son fameux texte sur Bürger (1800), un nivellement de la production créatrice; en effet «la Bible telle qu’elle se présente aujourd’hui dans les mains du peuple n’est comprise que de manière très imparfaite et pourtant elle est un livre extrêmement populaire». Enfin, pour Schlegel, il est nécessaire que se développe – ce sera la vocation de l’Allemagne en Europe –, un nouveau style – romantique – dont le niveau jamais atteint permettrait de réaliser consciemment une perfection artistique que les Anciens dans une heureuse complétude de l’imagination et de la raison ne pouvaient même envisager.

La vie du vieil ami de Mme de Staël se conclut sous le signe de la mélancolie. Problèmes institutionnels aux universités de Bonn, où il enseigne depuis 1819, et de Berlin, qui l’appelle sans résultat. Problèmes familiaux avec sa seconde femme Sophie Paulus (1791-1847). Problèmes aussi d’opinion en 1841 avec l’Académie prussienne des sciences au sujet de l’édition des œuvres de Frédéric le Grand.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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